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​Un Meilleur Monde de Sarah Feiner

​Panache Productions (Be), Tchin Tchin Productions (Fr) et Rita Productions (Ch) avec comme producteur éxécutif Anga Productions. 2011

Shortcut

Synopsis :
Henry, citoyen zélé d’un état dictatorial impitoyable dont il suit les lois à la lettre, s’est toujours livré corps et âme à son travail au Ministère des Dénonciations. Avec lui, on ne rigole pas. Mais soudain, le régime s’effondre, voyant du jour au lendemain la transformation de ce monde froid, technocratique et paranoïaque en une étendue idyllique et caricaturale de champs verdoyants, chantants et libres. Henry, catastrophé, privé des règles dont il était dépendant, semble être le seul à ne pas s’adapter, regrettant amèrement le régime disparu. Comme si celui-ci allait revenir, il continue tant bien que mal à suivre les anciennes règles et s’accroche à son travail devenu inutile...


Intention du réalisateur :
L’écriture de ce court-métrage a représenté pour moi la synthèse d’un parcours de six ans (depuis ma sortie de La Cambre à Bruxelles), rythmé par des projets personnels, d’animation ou “live”, toujours réalisés avec une passion intense palliant au manque de moyens. Dans ces expérimentations filmiques, j’ai souvent tenté de dépeindre ce qui me semble l’un des aspects les plus dangereux de notre société occidentale: sa tendance à uniformiser, manipuler, mécaniser l’individu dans des habitudes déshumanisantes, alimentées entre autres par la paranoïa post-11 Septembre qui prétexte souvent les fondations d’une société Orwellienne, où la liberté de l’individu s’entraverait de plein gré, anesthésiée par sa peur.


C’est à ce sujet que j’ai l’ambition d’interpeller le spectateur, sous l’influence de l’humour de Terry Gilliam, de la poésie de Jacques Tati ou de la provocation de John Carpenter, de l’ironie de Rod Serling ou du militantisme de Peter Watkins. Bien sûr, cet univers techno-totalitaire à la “1984”, a déjà été dépeint brillamment, à maintes reprises. Mais aussi jusqu’au cliché, parfois, dans des blockbusters hollywoodiens, souvent, et finalement banalisé. Avec l’envie d’éviter le déjà-vu, j’ai alors imaginé les choses sous un autre angle, en vulnérabilisant cet état tentaculaire, en présentant sa fin. Cette démarche m’a permis d’inverser le schéma habituel d’un individu libertaire broyé par le système. J’ai en effet opté pour l’histoire de l’ancien partisan d’une dictature, dépendant de ses carcans et éploré par son abolissement, incapable de lâcher prise.


Si ce monde oppressant et science-fictionnel est présenté, de façon caricaturale, durant l’introduction du film, il n’est à mes yeux qu’un point de départ (presque un pré-générique) dont le côté présent dans l’inconscient collectif permet de planter le décor rapidement pour développer le propos principal: les conséquences de son effondrement sur son rouage le moins apte au changement, confronté à un nouveau monde, libre et idyllique... tout aussi caricatural. Car il ne s’agit ni de diaboliser la dictature, ni de faire la morale au spectateur, ni de lui pré- senter de solution utopique — la norme est dénoncée tant dans un monde que dans l’autre — mais bien de tenter de le faire réfléchir sur les conséquences de l’avènement (auquel il contribue peut-être) d’un monde aussi déshumanisé, par l’illustration du parcours d’un homme qui allégorise tous nos blocages; par le biais d’une fable contenant, malgré son final noir, une étincelle d’espoir... et, je l’espère, assez d’humour pour éviter le fatalisme.