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​La Terre ou le Ciel de Françoise Dupal

​Entre Chien et Loup Production 2011

Shortcut

Synopsis :
Que faire quand, comme Gloria, on a perdu son nouveau-né trop tôt pour avoir le moindre souvenir commun ? Que faire quand le lien maternel a été rompu avec celui qui est bien vivant ? Que faire quand il n'y a plus de place ni pour la vie ni pour la mort ? Que faire quand on ne sait pas choisir entre la terre et le ciel ?


Intention du réalisateur :
Je souhaite faire un film « doux », malgré – ou peut-être à cause de – la brutalité, la dureté du propos. On peut aisément imaginer un avant, même si le film commence après. Après cette vie, à peine ébauchée, qui s’est brusquement enfuie en laissant une valise vide de tout souvenir commun. Et c’est justement ce qui rend le deuil si difficile : cette valise est vide.


Parler de l’indicible et de ce qui va contre l’ordre des choses (la douleur d’un deuil périnatal et le rejet d’une mère pour son enfant qui, lui, est bien vivant), pour faire accepter l’inadmissible vérité : oui, cela arrive. Bien plus souvent qu’on ne le croit.


Cela m’est arrivé. Ma fille est décédée après vingt heures de vie. Mais, contrairement à Gloria, ce sont mes enfants qui m’ont le plus aidée. Ce n’est donc pas un film autobiographique. Gloria, je lui ai donné mon passé. Dès que le film commence, son présent ne m’appartient déjà plus (hormis le goût sur les lèvres).


Lors d’un suivi psychologique, ou « aide au deuil périnatal », j’ai rencontré nombre de ces femmes qui trimballaient cette valise si légère et pourtant encombrante au point de les empêcher d’avancer, de fonctionner normalement- une grande part était d’ailleurs sous camisole chimique. Au fur et à mesure des séances notre groupe se réduisait et je croyais naïvement à une « résolution du conflit ». C’était rarement le cas : beaucoup préféraient fuir cette insupportable douleur sans cesse ravivée lors de ces thérapies. Elles avaient décidé de faire semblant… Chez ces mamans « désenfantées », une chose, particulièrement, les obsédait : le corps du bébé décédé. Certaines n’avaient pas pu ou, sur le coup, pas voulu le voir. D’autres n’avaient pu le tenir contre elles qu’un trop bref instant.
Et, ce corps, pesant exactement 500 grammes -poids limite de la viabilité- obsède aussi Gloria. Elle tente de se réapproprier ce corps, elle tente en quelque sorte de lui redonner vie en l'intégrant totalement dans son travail de plasticienne. En le transformant en œuvre d'art.


J’ai aussi eu cette tentation. Mon travail de plasticienne étant justement de modifier la perception que l’on peut avoir de pathologies et d’en effacer tout côté angoissant : par exemple, en transformant une radiographie d’un cancer de l’intestin en aurore boréale. Le cancer est toujours là, c’est la vision de la chose qui a changé.
C’est exactement ce que je veux faire avec ce film.