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​Dernière Formalité de Thomas Vilquin & S. Everaert

​Revolver Production 2012

Shortcut

Synopsis :
Fatigué d'une vie pénible, le vieil Henri est impatient de rejoindre le Paradis. Mais une fois mort, il se retrouve confronté à Walburge, une préposée céleste aussi désagréable que celles terrestres, et québécoise par-dessus le marché. Celle-ci lui fait savoir que, pour n'avoir pas accompli son destin, il est condamné à un millénaire de purgatoire – à savoir rester dans cette chambre où le temps s'est figé. Henri précise qu'il a été décoré pour sa carrière dans le gouvernement colonial au Zaïre. Walburge lui rétorque que son destin consistait pourtant à devenir champion de luge. Paniqué, Henri tente de la faire fléchir par tous les moyens, mais il n'y a rien de plus coriace qu'une Walburge, tabarnac'…


Intention du réalisateur :
L'idée est de présenter l'au-delà non comme un havre de béatitude où nous serions débarrassés des vicissitudes de la vie terrestre, ainsi que nous le promettent les religions, mais comme une décevante extension du monde matériel, et même une caricature pathétique de celui-ci. Ce notamment sur le plan économique : délocalisation, sous-traitance et regroupements multinationaux s'y retrouvent, en une tentative de faire face de manière efficiente à la surpopulation de la Terre. Il y a en particulier la surprise (pas forcément désagréable) qu'on a tous eu un jour, en appelant un service a priori national, de s'apercevoir qu'on se trouve face à un interlocuteur francophone mais non belge : français, suisse ou québécois, voire africain. Ce point est repris dans l'intrigue par le personnage d'une "préposée céleste" qui s'avère être une Québécoise, immigrante de l'Enfer.
Présenter l'au-delà comme une extension du monde matériel constitue un ressort comique, par inversion de nos conceptions culturelles et par la collusion incongrue de niveaux différents. Cela constitue aussi bien sûr un commentaire acide sur l'hégémonie du capitalisme, puisqu'il va jusqu'à contaminer l'au-delà, alors qu'a priori ce sont des univers incompatibles et que le spirituel est censé in fine triompher du matériel. Enfin, cela génère aussi un défouloir face à un problème universellement répandu : l'administration.


C'est l'occasion de se venger de manière ludique des moments pénibles qu'on a tous vécus dans nos rapports avec celle-ci, lente, pointilleuse, inhumaine et opaque. Non seulement toujours présente dans l'au-delà, la bureaucratie y est élevée au rang de cauchemar intersidéral.
Par contre, ce Paradis réaffirme l'importance fondamentale de suivre sa vocation, pour l'équilibre tant global que de l'individu. Il dénonce en cela les vues, cette fois convergentes, du capitalisme, qui privilégie la voix de la peur et pousse plutôt vers des "carrières" rentables, et des dogmes catholiques, qui enjoignent de prendre soin des autres plus que de soi-même (plutôt qu'une conjonction entre les deux). Ce point fait bien sûr écho à mes propres interrogations de scénariste, comme de tout artiste, et cherche à rappeler notre responsabilité individuelle : le monde est ce que nous en faisons, et, même, on n'a que le paradis qu'on mérite.
Enfin, au passage est égratigné le racisme qui accompagne le brassage moderne de populations de cultures différentes, et qui reste un problème préoccupant même en Belgique, au cœur de l'Europe.